Confidentiel

Rapport de mission

Appareils revenus du front. Les points rouges marquent les impacts relevés.

Consigne : Examinez les impacts de balles sur les avions revenant de mission afin de déterminer où renforcer leur blindage. Voici un schéma indiquant l'emplacement des impacts.Le blindage est lourd : on ne peut pas tout protéger. D'après les impacts observés, cliquez sur les zones que vous renforceriez en priorité.
COCKPIT MOTEUR MOTEUR EMPLANTURE EMPLANTURE AILE AILE FUSELAGE POUTRE ARR. EMPENNAGE

0 zone(s) sélectionnée(s)

Le biais du survivant

Vous venez de voir des avions qui sont revenus,c'est à dire les "survivants". Les zones criblées d'impacts ont encaissé des dégâts… et l'appareil est rentré quand même : ces zones ne sont donc pas vitales.

Au contraire, on peut inférer que les avions touchés au cockpit, aux moteurs ou au cœur du fuselage ne sont pas revenus ! On ne voit aucun impact à ces endroits, non pas parce qu'ils n'y sont jamais touchés, mais parce que ces coups-là sont fatals. Conclure à partir des seules données présentes, en ignorant les cas absents, est une erreur systématique très courante appelée "biais du survivant".

Maintenant que vous connaissez le piège, Souhaitez-vous modifier votre réponse ? (si oui, cliquez sur "Refaire mon choix" ci-desosus.)

Il faut blinder les zones intactes, c'est-à-dire la structure vitale : le nez et le cockpit, les deux moteurs, l'axe du fuselage jusqu'à la poutre arrière, et les emplantures d'ailes.
Cette expérience provient d'une histoire vraie, racontée ainsi :
Pendant la Seconde Guerre mondiale, le statisticien Abraham Wald a examiné les impacts de balles sur les avions revenant de mission afin de déterminer où renforcer leur blindage. Abraham Wald, était arrivé à la conclusion contre-intuitive suivante : la vulnérabilité réelle se trouve là où les survivants n'ont aucun impact..

Votre 1er choix
Votre 2e choix

En vert : les zones à blinder. En rouge pâle : les zones que vous aviez choisies à tort.

Le biais du survivant, au-delà de l'avion

Le biais du survivant est une forme de biais de sélection : on surestime les chances de succès d'une démarche en ne regardant que les cas qui ont « réussi » (les survivants), sans tenir compte de tous ceux qui ont disparu et ne laissent aucune trace dans les données.

Une intuition très ancienne

Au Ve siècle av. J.-C., on montre au philosophe Diagoras de Mélos les portraits votifs de marins ayant survécu à un naufrage après avoir prié les dieux : la preuve, dit-on, que la prière protège. Il rétorque : et où sont les portraits de tous ceux qui ont prié… et se sont noyés ? Les disparus ne témoignent pas.

En finance

Les études de performance excluent souvent les fonds et entreprises ayant fait faillite pendant la période analysée. En ne gardant que les acteurs encore en vie, on gonfle artificiellement le rendement moyen et on sous-estime le risque.

« C'était mieux avant »

On croit que les objets d'autrefois (machines, meubles, bâtiments) étaient plus solides. En réalité, seuls les rares exemplaires robustes ont traversé le temps ; les milliers de produits médiocres ont disparu et sont invisibles. On compare donc l'élite survivante d'hier à la production moyenne d'aujourd'hui.

Réussite et célébrités

Les stars qui percent, les entrepreneurs qui réussissent, les quelques parcours d'exception issus de milieux défavorisés donnent l'illusion d'une voie facile. On ne voit jamais la masse de ceux qui ont tenté la même chose et échoué : l'échantillon visible n'est pas représentatif.

Le réflexe à acquérir Devant un « ça marche / ils ont réussi », se demander systématiquement : où sont les absents ? qui n'a pas survécu pour figurer dans ces données ?

Exemples adaptés de l'article « Biais des survivants », Wikipédia.